LES ECOLES DE COMMERCE
Les écoles de commerce ont prospéré entre les années 50 à 70, à une époque où le Droit était passé de mode, où les Sciences Eco étaient considérées comme trop macro-économiques et trop théoriques, où la formation de Sciences Po était soupçonnée dêtre trop mondaine et tout juste adaptée à la banque généraliste (la filière ECOFI était encore balbutiante), où les promotions dENA émargeaient encore dans ladministration et enfin, où les élèves des écoles dingénieurs ne pensaient quà devenir ingénieurs.
Divers éléments auraient déjà pu attirer lattention des décideurs de lindustrie et de la formation : dabord la qualification " commerciale ", trop vente et pas assez marketing, définitivement pas stratégique et encore moins " corporate finance ".
Ensuite la tutelle des Chambres de Commerce et dIndustrie, qui ont été à lorigine dune prolifération bien trop grande des écoles sur le plan national sans créer de véritable spécialisation locale et encore moins dexpertise internationalement reconnue. En outre, bien que louable sur le principe, le partage des frais de scolarité entre la contribution des familles et la subvention des CCI, par rapport à la quasi gratuité des études dingénieur ou en université, a provoqué quelques transferts de parts de marché, notamment entre 1992 et 1995.
Mais surtout, cest le modèle des " prépas " qui, bien quunanimement plébiscité, reste une spécificité tellement originale quelle na été copiée nulle part ailleurs ! Destinée à filtrer les élites au travers des concours, et à justifier à posteriori le classement national des écoles, la prépa est surtout un exercice de bachotage, qui ne forme ni à la réflexion et à la recherche personnelle, ni au travail en équipe.
Les récentes évolutions ne sont pas pour rassurer : changements de noms (le " management " semble devenir un mot clé), gel quelque peu corporatiste des prépas sur deux ans et surtout " mathématisation " accrue des formations, semblent être les critères unanimes pour affronter la concurrence internationale.
Quant à lENA, qui est devenue en 20 ans une référence incontournable au niveau des conseils dadministration, il est difficile de limaginer durablement concurrentielle sur le plan européen : il ny a pas de concurrence quand laccès aux plus hauts postes de la fonction publique est réservée, quand la passage dans le privé bénéficie de trois à cinq ans de " détachement " ou " de mise en disponibilité ", avec retour garanti et quand il est inenvisageable davoir un hollandais ou un italien au Conseil dEtat.
Or, sur le plan international, quelles sont les valeurs reconnues ? HARVARD, STANFORD, INSEAD et LONDON BUSINESS SCHOOL. Il suffit de citer à un japonais telle ou telle école réputée en France pour comprendre que la notoriété, celle de la formation, de la langue et de la culture française et de notre science de la gestion des affaires ne pourra venir que de la création de un ou deux MBA de très haut niveau (Paris, Lyon, Strasbourg ?) qui pourront espérer devancer à terme BOCCONI, IMD ou lESADE.
Un tel montage naurait des chances de réussite que sil était indépendant : des CCI, du MEDEF, de lEducation Nationale, et même du monde des affaires (les 50 premiers groupes français). Seule une fondation, créée sur linitiative des partenaires précédemment cités, aurait le pouvoir de sétablir dans le temps, et dans lespace (en tissant des liens avec de grands partenaires européens de la formation aux affaires), pour proposer un modèle européen face à la concurrence américaine.
Ce nest quautour de tels Instituts de Gestion des Affaires que pourraient se développer des campus de formation de niveau Bac + 5, spécialisés par facultés et par métiers, pour former de véritables experts (et non des généralistes bien trop généralistes), plutôt que par des fusions décoles réalisées par le bas.
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mdc Fevrier 2001