Risques et rating

   

L'effondrement de la bulle TMT durant la deuxième moitié de 2000 a été à l'origine d'une chute de toutes les bourses mondiales et dans tous les secteurs, mais a également provoqué un début de crise économique, sinon de récession, ainsi qu' un reflux de la confiance des investisseurs et des consommateurs. 

Dans ce contexte morose et indéterminé, les événements du 11 septembre à New York, n'ont fait qu'attiser l'incertitude générale et la crainte dans les développements possibles de la crise, devenue entre-temps politique et planétaire. 

Comme dans toute situation similaire, la crainte et l'incertitude génèrent et alimentent une volatilité, qui devient elle-même un support important du refus de prendre des risques et de positions d'attente, ce qui auto-alimente la crise.

  

Prévention et diagnostic. 

Même si la volatilité peut être un facteur favorable à l'activité économique, notamment lorsqu'elle est directionnelle et positive, elle est principalement une cause de ralentissement et de repli, dans un contexte non directionnel, négatif et a fortiori dépressionnaire. 

Cette volatilité est d'autant plus grande qu'elle s'exerce dans un milieu très communiquant qui amplifie les tendances "moutonnières", ce qui est le propre de nos sociétés modernes, peu régulées et "mondialisées". et qu'elle s'exerce sur un périmètre plus large, ce qui augmente le nombre de paramètres et de facteurs d'incertitude. La théorie du chaos nous rappèlle que les battements d'aile d'un papillon au Mexique peut provoquer une tornade en Asie. De même un ralentissement de la vente de téléphones mobiles peut accélérer le déficit des finances publiques des pays développés, trop confiants dans les progrès de l'UMTS et qui ont vendu la peau de l'ours avant même qu'il ne soit né. 

Il est donc normal que l'on cherche à réduire cette volatilité par tous les moyens et d'abord par une réductions des risques et des incertitudes (c'est à dire la crainte de risques possibles) en appréciant correctement ceux-ci. La mesure du risque, et sa représentation simplifiée, est la meilleure arme contre le doute et contre la dépression. Nous sommes dans une situation où il n'est pas question de casser le thermomètre et de fermer les yeux pour oublier les dangers, mais où il s'agit d'inventer un instrument de mesure du risque simple, fiable et dont les graduations sont universellement acceptées. 

Si l'évaluation de l'état économique et financier, des individus, des sociétés et des nations est à peu près disponible, homogène et lisible (même si les informations patrimoniales aux deux extrémités de ces échantillons son parcellaires), l'évaluation des risques reste artisanale, fort peu lisible et souvent réactive plutôt qu'anticipatrice. 

En effet les sociétés de rating ont certes fait progresser l'évaluation des risques au niveau des entreprises, des collectivités locales et même des états. Mais cette notation reste de nature essentiellement financière et repose uniquement sur la capacité de remboursement à court et long terme des ensembles ainsi évalués. Que de fois une note n'était dégradée que quand les difficultés étaient déjà du domaine public ! La crise asiatique de 1997 n'a fait à notre connaissance l'objet d'aucune pré-alerte significative. Et, n'a-t-on pas sous-estimé dès 2000 le risque économique, financier et accessoirement politique des USA ? A-t-on anticipé les conséquences éventuelles d'une politique internationale et moyen-orientale trop déconnectée de la réalité, des contraintes et d'échéances difficilement contournables ? 

En conclusion si une situation critique ou une crise peut être considérée comme une maladie, il est important d'être capable d'en faire le diagnostic avec un certain degré d'anticipation, pour prévenir la contagion et éviter le "collapse" général.

 

Méthodologie 

Nous avons vu que l'approche des risques était essentiellement de nature financière. En outre, bien qu'elle s'adresse aux investisseurs elle est payée par les émetteurs et lorsque ceux-ci sont de très gros contributeurs des comptes de résultat des sociétés de rating ou bien des acteurs économiques puissants comme des Etats, il devient inévitable que la perception que l'on peut en avoir devienne moins acérée et parfois plus complaisante. 

Mais le principal problème est celui d'une approche trop parcellaire et insuffisamment globale du niveau de risque de l'élément étudié. Si cette approche avait été exhaustive pour AZF à Toulouse, ainsi que lors du choix de l'ERIKA, il est probable que les décisions prises par les dirigeants de ces sociétés et/ou par leurs assureurs, n'auraient pas été les mêmes que celles qui ont provoqué de tels sinistres. 

Les conséquences sont d'autant plus dommageable qu'elles ont conduit, dans tous les exemples évoqués, à relever les polices d'assurances ou même à exclure les risques concernés, ce qui revient dans les deux cas de figure à les mutualiser, puisqu'en dernière instance, la puissance publique sera amenée à se substituer aux  assujettis. Ceci revient à faire payer à la Sécurité  Sociale, les frais d'hélicoptère des accidents de haute montagne. 

Or les statistiques et les estimations de risque existent pour la plupart des paramètres à prendre en considération dans une évaluation globale du risque, de même que le cours des actions sont communément disponibles et permettent d'évaluer journellement un indice tel que le CAC40 ou le S&P. On connaît le risque pays, le risque politique, les statistiques des incidents écologiques, et, de même que l'on établit des palmarès des "managers de l'année", on dispose de leurs historiques de performance, et ainsi de suite. 

Il est donc facilement imaginable d'intégrer ces différents paramètres et risques dans un indice global des risques, qui serait applicable aux différent secteurs, sociétés et organisations au sens large du mot, de même que l'on peut comparer leurs patrimoines ou résultats financiers, avec les mêmes limites que celles de la comptabilité, qui est loin de constituer une science exacte. 

Définir un tel indice de risque, suppose principalement l'élaboration d'une méthodologie simple et cohérente d'agrégation des informations disponibles, largement diffusée pour lui permettre de devenir un standard et suffisamment rustique pour s'imposer rapidement : le DOW JONES ne comprend toujours que 30 sociétés. 

Quel grand nom de la scène économique européenne pourrait réussir ce challenge ? 


© mdc octobre 2001