EUROPE : mode d'emploi 

La France et ses entreprises sont mal représentées au niveau européen et ne savent pas se servir de ses différentes instances. 

A - La Représentation Permanente (RP) de la France auprès de l’Union Européenne  

Son rôle  est d'assurer le point de contact entre les autorités françaises et les institutions de l’Union européenne (le Parlement et la Commission Européenne). Sa mission est de promouvoir et défendre les positions françaises  

La RP participe à l’élaboration et à la conduite de l’ensemble des politiques de l’Union européenne : marché intérieur, consommation, questions financières, justice et affaires intérieures. Ses membres expriment les positions de la France, en particulier dans les instances du Conseil des Ministres.  

La RP travaille en relation avec tous ceux qui sont concernés par les activités de l’UE y compris les représentants des entreprises. 

La RP informe les entreprises françaises sur les dossiers européens et les opportunités offertes par les programmes communautaires.  

Il y a une centaine de conseillers et un Ambassadeur, le Représentant Permanent, Pierre SELLAL.

 

B - La Commission Européenne 

La Commission a le pouvoir d’initiative. Si le pouvoir de décider par voie de règlements, directives, décisions, appartient au Conseil, qui agit seul ou conjointement avec le Parlement Européen, le conseil ne peut exercer ses pouvoirs de décision que sur proposition de la Commission. 

Actuellement il y a 20 membres-commissaires désignés par les gouvernements des Etats membres (pas plus de deux nationaux au sein de la Commission), choisis en raison de leur compétence et surtout de leur indépendance.  

La Commission compte 18.000 fonctionnaires 

Jusqu'à la désignation de la nouvelle commission, chacun des cinq « grands » (France, UK, Italie, Espagne, Allemagne) dispose de deux sièges, les autres d’un seul. La France a deux représentants : Pascal LAMY (DG Commerce) et Jacques BARROT (DG politique régionale). 

Le 1er novembre de cette année, avec l’Europe à 25, la Commission se composera de 25 membres et la règle sera d’un Commissaire par pays (la France perd son second commissaire). A chacun des commissaires est rattaché une Direction Générale. 

La Commission fait son audit et consulte les représentants des entreprises, éventuellement publie un Livre Vert, et enfin fait une proposition de directive. 

Tant que le Conseil n’a pas statué, la Commission peut modifier sa proposition initiale, de manière à tenir compte des observations du Parlement. 

 

 C - Le Conseil 

Il incarne les intérêts nationaux. On dit souvent que si la Commission propose et le Conseil qui dispose. 

Le Conseil a le pouvoir de décision. Il exerce ses pouvoirs seul ou conjointement avec le Parlement  européen selon la procédure de codécision (ou de coopération). Dire que c'est Bruxelles, c'est à dire la Commission qui impose sa loi aux Etats est une esquive politicienne.                       

Le Conseil  est un collège de représentants des gouvernements des Etats membres (un représentant par Etat choisi au niveau ministériel). Le Conseil emploie 2700 fonctionnaires 

Trois modalités de vote : majorité simple (rare), l’unanimité et vote à la majorité qualifiée (procédure de droit commun, basée sur les votes pondérés à la majorité des 62/87 des voix attribuées à chaque pays selon des critères de poids. 

A compter du 1er  novembre, la majorité qualifiée sera atteinte à une double condition : seuil de la majorité qualifiée atteint (232 voix sur 321) et vote favorable de la majorité des Etats membres (13 sur 25). 

Les relais des entreprises auprès du Conseil et des experts nationaux sont le Gouvernement français et la représentation permanente française qui les informent et font valoir les positions de celles-ci quand elles sont acceptées. 

 

D - Le Parlement Européen (PE) 

Il représente les peuples des Etats membres qui s’expriment et participent à la construction européenne par l’intermédiaire des partis politiques (les principaux partis : Parti Populaire Européen, Parti Socialiste Européen, Parti Européen des Libéraux, Démocrates et Réformateurs). Le Parlement est organisé en groupes politiques européens et non en groupes nationaux ou partis politiques nationaux.

 

Il partage le pouvoir de décision avec le Conseil: il participe à l’adoption des actes communautaires conjointement avec le Conseil. 

La procédure électorale est régie dans chaque Etat membre par des dispositions nationales. 

Le Parlement compte 3500 fonctionnaires et 626 députés dans la législature finissante, dont 87 pour la France. 

A compter du 13 juin  2004, le PE comptera 732 membres élus pour cinq ans, dont 78 pour la France (idem UK, Italie, 99 pour l’Allemagne) qui perd 9 sièges. 

Le Parlement crée en son sein des commissions parlementaires permanentes spécialisées. Elles préparent et soumettent des rapports, des projets de résolution. Les principales commissions sont : ECONomie, JURIdique et ENVIronnement. 

La France souffre d’un déficit d’influence au PE :

·         Parmi les 87 parlementaires français, on compte 37 eurosceptiques ;

·         Plus forte proportion de non-inscrits : 10 sur les 32 non-inscrits ;

·         Préférence pour les commissions non économiques ;

·         Dispersion des français dans les différentes formations politiques: 45% d’entre eux font partie des deux grands partis PPE/PSE contre 75% pour les Anglais et 90%!! pour les Allemands. En JURI, ECON, ENVI réunis, la France ne compte que 11 députés appartenant aux deux grands partis contre 41 pour l'Allemagne et 33 pour le Royaume-Uni ;

·         Absentéisme : 13ème rang sur 15 pour la participation aux séances plénières ;

·         la France obtient peu de rapports au fond (38 sur 468 en 9 ans). La pondération du nombre de rapports obtenus par le nombre de parlementaires français classe la France au 12ème rang loin derrière l’Allemagne, UK, Espagne et même les Pays-Bas ;

·         Parlementaires français confinés sur des textes secondaires ou d’importance mineure ;

·         Pas de « vote français », contrairement à l’Allemagne et Royaume Uni. 

 

LOBBYING 

Le terme est suspect sinon décrié, mais correspond à une fonction essentielle à la défense des entreprises françaises (et de ses consommateurs) dans le concert des activités communautaires. En effet le constat qui précède révèle un réel handicap de la France et les entreprises françaises auprès d’une institution qui a un réel pouvoir de décision et alors que les lobbyistes y sont bien accueillis. 

En effet, le Lobbying auprès du Parlement européen est totalement reconnu et intégré au processus législatif : 

·         17.000 groupes d’intérêts sont accrédités auprès du PE

·         ils doivent signer un code de bonne conduite,

·         les députés estiment normal de rencontrer les représentants de la société civile et au vu de la complexité des textes examinés sont demandeurs d’informations. 

 

Concrètement, pour être efficace et influent, le lobbying doit être technique, son rôle étant d’apporter une aide au consensus. Il faut donc convaincre honnêtement les parlementaires et leurs assistants du bien-fondé et de la légitimité des demandes et proposer des amendements clefs en main qui seront ensuite soumis au vote. Il ne faut pas oublier que les associations de consommateurs font également du lobbying… 

De quels moyens disposent les entreprises ? 

·         de l’accréditation qui permet d’assister à toutes les séances du Parlement et en particulier à celles de ses commissions où se déroule l’essentiel du travail législatif,

·         de l’accréditation qui permet de rencontrer les parlementaires et leurs assistants plus facilement sur leur lieu de travail,

·         de l’appui des confrères et des fédérations/associations avec lesquelles les entreprises mènent des actions conjointes,

·         de ressources internes notamment juridiques qui permettent d’anticiper efficacement et de proposer des amendements rédigés dans un langage juridique parfait. 

En conclusion, plutôt que de dénigrer l'Europe et son organisation accusée de bureaucratisme, il serait préférable de savoir s'en servir correctement, et de mettre fin à tous les niveaux à un amateurisme néo-poujadiste, alors que nos voisins, amis et néanmoins concurrents économiques semblent plus efficaces dans leur action. 

Egalement, l'Europe et ses Etats membres devraient apprendre à mieux vendre les réalisations et les acquis de l'Union, qui ont permis  au "Vieux Monde" de continuer à tenir sa place et élever le niveau de vie de ses concitoyens, et mobiliser ses habitants sur des projets stratégiques exaltants.  

Enfin l'Europe a besoin d'une voix et d'un personnage qui sache vendre ces projets transnationaux et entraîner l'adhésion du plus grand nombre, ce qui ne manquera pas déplaire à certaines "figures" locales.

 

 

14 juin 2004 (avec l'autorisation d'Infonooz)