Du bon usage des bénéfices

 

Les bénéfices des sociétés françaises ont été particulièrement élevés en 2004 et au 11 mars on peut décompter déjà 15 groupes dont les résultas nets dépassent 1 milliard. 

Les bénéfices qui sont la sanction d'une gestion efficace et rentable permettent : 

- la rémunération de leurs actionnaires au travers des dividendes, des rachats d'actions (et des dirigeants sous une forme indirecte de distribution au travers des politiques de stock options qui ont pour effet de créer une dilution du capital),

- l'intéressement du personnel par les politiques de participation et d'intéressement,

- l'autofinancement des sociétés pour leurs besoins en fonds de roulement (BFR) et leurs investissements, notamment en recherche et en équipement. Ces utilisations futures correspondent à la partie non distribuée qui leur est implicitement affectée (en plus des amortissements inclus dans le cash-flow), mais qui sert également, par le report aux réserves, à amortir les chocs futurs de la conjoncture ou même les pertes éventuelles à venir. 

Or on constate dans les dernières années une appétence particulière des entreprises à choyer leurs actionnaires par des dividendes élevés et des rachats d'actions. 

Outre le fait que l'on puisse s'étonner de ne pas trouver des utilisations de capitaux plus rémunératrices dans l'avenir pour les actionnaires que leur satisfaction immédiate par les dividendes, c'est surtout sur le plan macro-économique que l'on peut s'inquiéter : en effet toute diminution des investissements mettra en cause la croissance à venir mais aussi la compétitivité future de notre économie. On en revient à une culture de rentiers, déjà évoquée par ailleurs, qui est tout le contraire d'une culture d'innovation, de développement et de conquête des marchés. 

A l'autre bout du spectre des résultats se situe l'intéressement. Le monde économique en France s'est toujours inquiété du manque de motivation des collaborateurs des entreprises (voir les polémiques sur les 35 heures) et du coût de la main d'œuvre, qui mettent le point mort des entreprises à un niveau particulièrement élevé et vulnérable aux aléas. 

Il n'est pas question pour les pouvoirs publics de se substituer aux entreprises dans leurs décision de gestion et les controverses actuelles sur l'insuffisance du pouvoir d'achat dans le privé ne peuvent être que des commentaires non contraignants. De même on laissera provisoirement de côté, et seulement dans le cadre de cette réflexion, le problème des charges sociales en France, notablement trop élevés (en raison d'une politique de santé inadaptée, du poids des retraites et des régimes spéciaux, et du sous-emploi critiquable des moins de 30 ans et des plus de 55 ans). Mais l'on pourra cependant s'étonner que ceux-là même qui recherchent plus de variabilité et donc moins de risques dans la gestion des entreprises, n'aient pas pris des initiatives plus audacieuses pour donner à l'intéressement tout son effet de levier. 

Ce n'est que par ce biais que l'on impliquera plus les acteurs de la vie économique aux questions de productivité, d'efficacité, de compétitivité sectorielle et/ou internationale, et même à la "problématique" des rémunérations et primes au mérite, tant honnies et injustement décriées.

  

mars 2005 ( avec la permission d'INFONOOZ)