La transparence financière

 

On se souvient du refus de PORSCHE de publier ses comptes trimestriels pour finir par se retirer de la cote sous les menaces du gendarme allemand de la bourse.  

La fronde vient maintenant des USA où une association de patrons (XEROX, PEPSI, PFIZER et autres) milite pour ne plus divulguer d'objectifs trimestriels.  

Pendant ce temps les fonds d'investissement en "private equity" font florès  en contrôlant un nombre sans cesse croissant d'entreprises non cotées, selon des principes de gouvernance souvent plus opaques, alors que le nombre d'entreprises cotées stagne à Londres et diminue à Paris et Francfort.  

Pendant ce temps les IFRS accentuent la volatilité des résultats des firmes et rendent plus complexes les méthodes d'évaluation de leurs valeurs. Cette volatilité est encore accrue par la masse des capitaux disponibles (croissance mondiale, développement de la Chine et de l'Inde, hausse des hydrocarbures et de leur rente en mer du Nord, dans le Caucase et dans le Golfe, trésoreries assainies des grands groupes, désendettement des Etats, épargne accrue des particuliers) à la recherche d'investissements plus spéculatifs, en ce sens qu'ils ne se satisfont plus de rendements de pères de familles.  

Transparence, volatilité, capitaux vagabonds, tout concourt à développer le court-termisme dans la gestion des entreprises et à privilégier les activités de services moins gourmandes en capitaux et plus rapidement adaptables aux évolution d'une demande elle-même très volatile, aux dépens d' industries plus ou moins lourdes, aux contraintes inertielles des paquebots. Même l'automobile et l'aéronautiques, plus "high-tech", en font désormais les frais, alors qu'IBM a revendu depuis longtemps ses micro-ordinateurs au chinois LENOVO.  

L'évolution du groupe LAGARDERE est  l'illustration même de cette tendance, en abandonnant  progressivement ses métiers de cœur de cible d'origine MATRA, pour évoluer vers le sport et  les paillettes. Mais il n'y a qu'un seul HOLLYWOOD et une seule CITY capables de faire vivre un Etat, et ce suivisme à courte vue pourra s'avérer dangereux sur le long terme.  

Il importe dans ce contexte à revenir aux fondamentaux, et c'est aux pouvoirs publics et à l'UE de redéfinir avec le privé, les axes de développement stratégiques à 5, 10 et 25 ans, en fonction des projections de besoins, forces, faiblesses et opportunités de nos industries et services face à la concurrence internationale, en apportant aux entreprises du secteur privé les incitations et les moyens de toute nature (sans tomber dans un colbertisme d'un autre âge) qui permettront cette spécialisation voulue et non plus subie.  

Ceci suppose enfin une mobilisation spécifique et de grande ampleur des ressources en capital d'origine européenne pour permettre une indépendance plus grande des secteurs stratégiques afin de les mettre à l'abri des réactions parfois irrationnelles aux résultats trimestriels et des interventions spéculatives des fonds d'investissement.

 

Le 22 juin 2007 (avec la permission d'INFONOOZ)