L'EURO ? BIEN, ET APRES ?

 

La bascule sur l’Euro s’est apparemment fort bien passée dans l’ensemble des pays et a permis de démontrer l’efficacité d’un réseau bancaire critiqué par ailleurs pour un retour sur fonds propres médiocre et quelques manquements dans sa communication financière, du moins pour ceux de ses membres cotés en bourse et ayant oublié que la banque est une industrie comme une autre.

Justement en bourse, on a pu très vite voir la fusion de SANTANDER et CENTRAL HISPANICO, après DEUTSCHE BANK et BANKERS TRUST, et précédant de peu SG et PARIBAS, mais aucune grande fusion intra-européenne ne se profile à l’horizon.

Pendant ce temps, le STOXX 653 qui flirte avec les 290 points contre 210 en novembre 1998, n'inclut que 77 sociétés françaises, soit moins de 12% du nombre des valeurs de cet indice, à comparer avec une part de 18% dans le PIB des 17 pays concernés (UE + Norvège + Suisse).

Jusqu’à présent l’Europe s’est toujours faite par coups de pouce techniques : la communauté du charbon et de l’acier, la politique agricole commune, les directives, l’ECU, Maastricht et maintenant l’Euro financier. Mais si l’Europe doit se faire, totalement et durablement, ce sera par l’unité complète et par rapport à ses challengers présents et futurs, les USA et la zone dollar d’une part, la zone Asie (Japon, Chine et autres tigres) d’autre part.

Pour que l’Union soit complète il faut qu’elle soit totalement économique, sociale et politique, et pas seulement technique. Convertir la cote des actions et des OPCVM en Euro en 24 heures est bien, mais pas aussi significatif que d’uniformiser les taux de TVA, de passer en moins de 3 ans à l’Euro grand public, ou de mettre en place un système de sécurité sociale de base au niveau européen, ce qui faciliterait d’ailleurs l’émergence de fonds de pension à la carte.

Réaliser l’Union “par le bas”, en renforçant bon gré, mal gré, les pouvoirs du Parlement européen ou de la Cour de Justice est une solution élégante bien qu’hypocrite : promouvoir résolument un exécutif fédéral inévitable, mais perçu, à tort ou au contraire intentionellement, comme difficilement vendeur, pourrait devenir en fait autrement plus mobilisateur. Il est significatif à ce propos qu’il n’y ait aucun parti “européen” véritablement et fortement représenté dans chacun des 15 pays, et encore moins de personnalités se réclamant de la même approche. Plus consternantes sont les candidatures aux élections européennes de politiciens se déclarant ouvertement anti-européens. Ceci prouve au moins deux choses : que la “soupe est bonne”, et que, selon l’adage, on a les dirigeants que l’on mérite.

Enfin le budget européen représente à peine plus de 1% du PIB de l’ensemble (dont près de 45% pour la seule PAC, alors que la population agricole représente moins de 8% des 385 millions d’habitants des 15), alors que les prélèvements obligatoires nationaux s’élèvent à plus de 40% du PIB global.

Chacun sait qu’une fusion est un exercice “top-down”, et que l’on ne peut juxtaposer indéfiniment des structures qui se veulent indépendantes. AIRBUS en a éprouvé les limites dans son GIE ! Or on s’obstine à faire un GIE de 15 pays à coups de mesures “bottom-up”.

Une fusion exige un objectif stratégique suffisamment mobilisateur à tous les niveaux, une excellente communication, une équipe cohérente et un patron unique et véritable. Mais, y a-t-il un pilote dans l’avion ?

 

 


© mdc Janvier 1999